Les mots et ce qu'ils recouvrent

Lexique de la sexualité : définitions sourcées

Sept termes qui reviennent constamment, souvent employés de travers. Voici ce que chacun désigne exactement, avec la référence correspondante et la portée réelle de ce qu'elle permet d'affirmer.

Beaucoup de mots de ce champ circulent avec un sens flottant, parfois très éloigné de ce que la recherche leur donne. Ce lexique s'en tient à des définitions courtes, chacune rattachée à une source identifiable. Quand une notion fait débat dans la littérature, la définition le signale.

Le détail de chaque référence, et de ce qu'elle ne permet pas de conclure, est sur notre page sources.

Anorgasmie

Absence persistante ou récurrente d'orgasme malgré une stimulation jugée suffisante, accompagnée d'une détresse pour la personne concernée.

Le second élément est celui qu'on oublie. Dans les classifications cliniques actuelles, notamment le DSM-5 (American Psychiatric Association, 2013), la difficulté doit persister plusieurs mois et causer une souffrance pour constituer un trouble. Ne pas atteindre l'orgasme, sans que cela pose problème à la personne, ne relève d'aucun diagnostic.

On distingue l'anorgasmie primaire (jamais d'orgasme) de la secondaire (apparue après une période où il survenait), et la forme généralisée de la forme situationnelle, limitée à certains contextes ou certaines pratiques.

Les causes possibles sont multiples : médicamenteuses, hormonales, neurologiques, psychologiques, relationnelles. C'est un motif de consultation courant, et la démarche adaptée est l'avis d'un médecin ou d'un ou une sexologue.

Consentement

Accord donné librement à une activité sexuelle, qui doit rester spécifique, révocable à tout moment, et donné par une personne en état de le donner. Un accord antérieur ne vaut pas pour la suite, et l'absence de refus n'est pas un accord.

L'expression « consentement éclairé » vient du droit médical et de la recherche, où elle désigne un accord donné après information complète. Appliqué à la sexualité, l'usage courant retient surtout l'idée d'un accord libre et informé.

Ce que la recherche apporte de moins intuitif concerne les couples installés. L'étude dyadique de Willis, Murray et Jozkowski (2021), menée auprès de 37 couples engagés, montre que le consentement reste à exprimer y compris dans une relation longue, et que les partenaires qui perçoivent correctement les signaux de l'autre rapportent un sentiment de consentement intérieur plus fort.

Limite : l'échantillon est petit et ne permet pas de généraliser au-delà de la population étudiée.

Référence : Willis, Murray & Jozkowski (2021), « Sexual Consent in Committed Relationships: A Dyadic Study », Journal of Sex & Marital Therapy, 47(7), 669-686. DOI 10.1080/0092623X.2021.1937417

Désir responsif

Désir qui apparaît après l'excitation plutôt qu'avant elle. La personne ne ressent pas d'envie spontanée, mais l'envie vient une fois le contact engagé.

Le terme vient du modèle circulaire de la réponse sexuelle proposé par Rosemary Basson en 2000, en rupture avec les modèles linéaires antérieurs où le désir précédait toujours l'excitation.

C'est le contraire du désir spontané, qui survient sans stimulus préalable. Les deux fonctionnements existent, et le second n'est pas plus normal que le premier : le désir responsif est fréquent après plusieurs années de vie commune.

Portée : ne pas ressentir de désir spontané n'est pas en soi un dysfonctionnement. Limites : le modèle n'inverse pas la norme pour autant, le désir spontané existe aussi. Il a par ailleurs été discuté, notamment sur sa présentation initiale comme spécifiquement féminine.

Référence : Basson (2000), « The Female Sexual Response: A Different Model », Journal of Sex & Marital Therapy, 26(1), 51-65. DOI 10.1080/009262300278641

Libido

Terme courant pour désigner le niveau de désir sexuel d'une personne. Ce n'est pas une grandeur mesurable : il n'existe pas d'unité de libido, ni de valeur de référence à laquelle se comparer.

Le mot vient de la psychanalyse, où Freud l'emploie dans un sens beaucoup plus large, celui d'une énergie pulsionnelle qui ne se limite pas au sexuel. Cet emploi relève de l'histoire des idées et non de l'état actuel de la science, comme nous le précisons sur notre page consacrée à la psychanalyse et aux zones érogènes.

La littérature contemporaine parle plutôt de désir sexuel, en distinguant ses formes spontanée et responsive. Un écart de désir entre deux partenaires est une situation courante, qui ne dit rien de la solidité du couple : voir parler de sexualité en couple.

Période réfractaire

Intervalle qui suit l'orgasme, pendant lequel une nouvelle réponse sexuelle est physiologiquement difficile ou impossible.

La notion vient de la phase de résolution décrite par Masters et Johnson dans leur modèle du cycle de la réponse sexuelle (Human Sexual Response, 1966). Sa durée varie fortement d'une personne à l'autre et augmente généralement avec l'âge. Elle est souvent brève ou absente chez les femmes, ce qui rend possibles des orgasmes rapprochés.

Limite : le modèle en quatre phases de Masters et Johnson a lui-même été discuté et complété depuis, notamment sur la place qu'il accorde au désir.

Voir les sept types d'orgasmes pour la place de cette notion dans la typologie de Betty Dodson.

Point G

Zone de la paroi antérieure du vagin, à quelques centimètres de l'entrée, dont la stimulation est décrite comme particulièrement sensible par une partie des femmes.

La formulation prudente est délibérée : la littérature scientifique n'a pas identifié de structure anatomique unique et systématique correspondant à ce nom. Ce qui est décrit à cet endroit relève plutôt d'un ensemble de structures vasculaires et nerveuses, parfois désigné comme complexe clitorido-urétro-vaginal (Ostrzenski, 2014), et lié à la partie interne du clitoris.

Sur le plan du ressenti, environ 48 % des femmes rapportent cette zone comme érogène selon les données de Stelmar et al.

Portée : une zone de sensibilité réelle, mais variable d'une personne à l'autre. Limites : rien n'y établit l'existence d'un organe distinct ni une réponse universelle. L'existence même du point G comme entité anatomique a fait l'objet de revues critiques, notamment Puppo & Puppo (Clinical Anatomy, 2010).

Voir les zones érogènes chez la femme pour le détail des chiffres.

Zone érogène

Région du corps dont la stimulation peut déclencher une réponse sexuelle, par des terminaisons nerveuses sensorielles reliées au système nerveux central.

Trois familles de récepteurs y contribuent : les corpuscules de Meissner et de Pacini, sensibles au toucher léger et à la pression ; les fibres C tactiles, qui répondent spécifiquement au toucher lent, autour de 1 à 10 cm/s, et projettent vers le cortex insulaire ; et les terminaisons libres, plus diffuses.

Le point essentiel est la variabilité. Même les zones les mieux classées laissent une part de personnes qui ne les rapportent pas comme érogènes : le clitoris est cité par environ 95 % des femmes selon Stelmar et al., ce qui laisse une minorité pour qui ce n'est pas le cas. Il n'existe donc pas de carte valable pour tout le monde, et c'est ce qui rend la question plus fiable que la supposition.

Voir les zones érogènes chez la femme et la stimulation des zones érogènes.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre désir spontané et désir responsif ?

Le désir spontané survient sans stimulus préalable, avant tout contact. Le désir responsif apparaît après l'excitation, une fois le contact engagé. Le second a été décrit par Rosemary Basson en 2000 dans son modèle circulaire de la réponse sexuelle. Aucun des deux n'est plus normal que l'autre, et le désir responsif est fréquent après plusieurs années de vie commune.

Le point G existe-t-il vraiment ?

La littérature scientifique n'a pas identifié de structure anatomique unique et systématique portant ce nom. La paroi antérieure du vagin est en revanche une zone de sensibilité variable, rapportée comme érogène par environ 48 % des femmes selon les données de Stelmar et al. Son existence comme organe distinct a fait l'objet de revues critiques, notamment Puppo & Puppo en 2010.

Ne pas avoir d'orgasme, est-ce forcément de l'anorgasmie ?

Non. Dans les classifications cliniques actuelles, la difficulté doit persister plusieurs mois et s'accompagner d'une détresse pour la personne concernée. En l'absence de souffrance, il n'y a pas de trouble. Si la situation vous pèse, l'avis d'un médecin ou d'un ou une sexologue est la bonne démarche.

Les hommes ont-ils une période réfractaire plus longue que les femmes ?

La période réfractaire varie fortement d'une personne à l'autre et augmente généralement avec l'âge. Elle est souvent brève ou absente chez les femmes, ce qui rend possibles des orgasmes rapprochés. La notion vient du modèle de Masters et Johnson (1966), modèle qui a lui-même été discuté depuis.

La libido se mesure-t-elle ?

Non. Il n'existe ni unité de mesure, ni valeur de référence. Le mot désigne dans l'usage courant le niveau de désir sexuel, qui varie selon les personnes, les périodes et le contexte. Un écart de désir dans un couple est une situation courante et ne dit rien de la solidité de la relation.

Faut-il redemander le consentement dans un couple installé ?

Le consentement est spécifique à un moment et révocable : un accord antérieur ne vaut pas pour la suite. L'étude de Willis, Murray et Jozkowski (2021), menée auprès de 37 couples engagés, montre que les partenaires qui perçoivent correctement les signaux de l'autre rapportent un sentiment de consentement intérieur plus fort. L'échantillon reste petit et ne permet pas de généraliser largement.

Sources principales : Rosemary Basson (2000), Journal of Sex & Marital Therapy, 26(1), 51-65, DOI 10.1080/009262300278641 ; Malachi Willis, Kristen N. Murray & Kristen N. Jozkowski (2021), Journal of Sex & Marital Therapy, 47(7), 669-686, DOI 10.1080/0092623X.2021.1937417 ; William Masters & Virginia Johnson, Human Sexual Response (1966) ; Stelmar et al., données 2024/2025 ; Ostrzenski (2014) ; Puppo & Puppo, revue sur le point G (Clinical Anatomy, 2010) ; American Psychiatric Association, DSM-5 (2013). La portée et les limites de chaque source sont détaillées sur notre page sources.

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